IVG, ça n’arrive pas qu’aux autres

Ne jugez pas s’il vous plaît, comme je le dis dans le titre “ ça n’arrive pas qu’aux autres “, on ne sait jamais comment on réagira tant qu’on ne vit pas la situation ! J’étais contre l’avortement … Et pourtant.

Oublie de pilule, test de grossesse positif …
Avant, je disais “ Jamais je n’avorterai “
Aujourd’hui, je dis “ Jamais j’oublierai ”

Je vais sûrement ne pas avoir que de bons retours sur ce témoignage, mais j’ai besoin de l’écrire, de mettre des mots sur ce que j’ai vécu, cette douleur, cette épreuve, cette trahison que j’ai fait à mon corps, ce secret a gardé, cette prison dans laquelle je me suis enfermée entre le jour du test de grossesse positif et ce rendez vous avec une psy …

Par honte ou par peur du jugement, je ne sais pas encore le dire, j’ai pu en parler qu’à mon homme …

Mon homme me harcèle pour que je fasse un test de grossesse car j’ai un retard de règles… Je ne suis pas inquiète, j’ai encore eut un retard de règles le mois d’avant ou j’avais fait 3 tests de grossesse en 1 semaine, la pilule sans hormones prescrite après la naissance de bébé 2 me détracte, je me sens pas du tout enceinte… Malgrès tout, il me met le doute et je me décide à aller prendre un test de grossesse que je ferai le lendemain … Cette nuit là, je cogite, je me prépare a l’idée que le test vire positif, déjà les larmes coulent, je dors peu et très mal …

Le lendemain, je sors du travail, j’ai mal au ventre … Ce soir la, le test de grossesse confirme ce que j’ai ressenti après ma journée de travail …

Je suis enceinte …
Mes enfants ont 3 ans et 9 mois,
et me voilà enceinte.
Panique, tristesse, culpabilité, colère…

l-acces-a-l-ivg-est-toujours-aussi-complique

Inutile d’en discuter avec mon homme, on connaît déjà notre décision, on a toujours été formel : 2 enfants … Nous avons de nouveaux projets ; nous voulons profiter, éduquer, et gâter nos 2 enfants sans qu’il ne manque jamais de rien ; comme après l’arrivée de chacun de nos bébés, le couple n’est pas au top de sa forme ; mon bébé 2 ne fait pas ses nuits, dors peu le jour, je suis épuisée et débordée . La décision est sans appel !

Je sais les démarches à suivre en cas de grossesse mais je n’y connais rien aux démarches à suivre pour avoir recours a un IVG … Je me renseigne sur internet …

Des le lendemain, je prends rendez vous avec un gynéco à la maternité : 9 jours à attendre pour avoir ce rendez vous ! On me prépare également une ordonnance pour une prise de sang pour confirmer la grossesse que je fais ce jour même … Enceinte d’un mois …

Plus qu’à attendre :

  • 9 jours à vivre en sachant être enceinte alors que je ne veux pas l’être,
  • 9 jours à m’interdire de penser « grossesse magique », car j’adore être enceinte !
  • 9 jours à m’interdire de poser ma main sur mon ventre involontairement,
  • 9 jours à ne pas penser que je porte la vie,
  • 9 jours à me demander à qui il ressemblerait,
  • 9 jours à ne pas m’attacher à lui,
  • 9 jours à ne pas me demander si c’est une fille ou un garçon,
  • 9 jours à culpabiliser des que je fume une clope en me disant que je fais encore plus de mal à ce petit être que je vais déjà lui faire !
  • 9 jours à voir mon ventre gonflé en fin de journée …
  • 9 jours à culpabiliser pour tous ses couples qui n’arrivent pas à avoir d’enfants
  • 9 jours de cauchemar,de larmes, de culpabilité, de dégoût envers moi !

Je pleure beaucoup, souvent, longtemps ;

je me déteste, je dors peu, je vais mal.

J’en parle avec mon homme mais difficile de lui faire comprendre pourquoi ça me fait si mal de faire ce geste … Pour lui, ce n’est qu’une cellule qui n’a même pas de cœur encore … Pour moi c’est un mini nous que je vais tuer… Je lui en veux d’être si insensible, d’utiliser des mots si durs , de ne pas comprendre ma souffrance, je me sens si seule, je suis malheureuse, si incomprise.

J’ai peur de « l’après » vu déjà comment je suis “avant” …
J ai les paupières gonflées à pleurer …

9 jours après : rdv gynéco ! Je me souviens, j’espérais que le gynéco me dise ce jour là que le bébé n’était pas viable, qu’il était déjà parti de lui même : pour me déculpabiliser, pour qu’il me montre que lui non plus ne voulait pas être la … Mais non !
Écho difficile : le gynéco a commencé à me dire « regardez l’œuf » , je lui ai que je voulais pas voir et la j’ai fondu en les larmes et en plus entendu son rythme cardiaque… Bref ça été horrible ! Je suis très en colère après ce gynéco qui m’a encore plus torturé et m’a bien fait comprendre qu’il était contre mon geste .
Il m’explique la suite : prise médoc 7 jours après ( délai de réflexion obligatoire ) avec une sage femme et 2 jours après hospi une demi journée lors de la prise du 2eme medoc…
Je craque à nouveau avec la secrétaire pour prendre les rdv suivants … Et je trouve si dur d’avoir encore une semaine à attendre… Une semaine de plus… Encore 7 jours à vivre torturée… Pour moi, je l’ai déjà eut cette semaine de réflexion lors de l’attente du premier rendez vous avec le gynéco mais c’est la loi : pas le choix …

7 jours après : Rdv bien passé avec la sage femme qui a répondu à mes questions sans avoir l’impression d’être une horrible personne… J’avais peur qu’il souffre, besoin de savoir si son cœur allait s’arrêter… Elle m’a rassurée ! Je parlais de « bébé » mais la sage femme m’a bien expliqué qu’à ce stade ce n’est pas encore un bébé, mais embryon. Ne plus avoir l’image que tue un bébé, me soulage. Encore des larmes obligées mais c’est le rdv que j’ai trouvé le moins dur … Mais je me sens un peu soulagée d’avoir eut des réponses à mes questions, d’avoir été rassurée, et d’avoir vu le regard tendre, sincère, bienveillant de la sage femme lorsque je pleurais; je suis soulagée de savoir que ce cauchemar va s arrêter …

Jour J : Déposée mes enfants … Direction la maternité ou j’ai accouché de mon fils … J’attends dans la salle d’attente … Je me souviens penser

“ La ou j’ai donné la vie, je vais aujourd’hui donner la mort”

La sage femme m’accompagne dans une chambre… Une chambre de mater : un lit, une table, une table nuit, une table a langer, une salle de bain… Je me sens seule dans cette chambre qui me rappelle de merveilleux souvenirs avec mon bébé dans les bras, ou j’étais jamais seule comme aujourd’hui… La sage femme vient me donner le médicament … Jusque la je gère mes émotions, quelques larmes coulent mais je gère… J’essaye de jouer à mon jeu téléchargé sur mon portable mais je n’arrive pas à me concentrer, je ne pense qu’à ce que je fais, ce que je lui fais … Je commence à perdre du sang et la je perds pieds

La douleur physique, je m’en souviens pas tellement

la douleur psychologique était forte et prenait le dessus.

Je pleure, je pleure, je pleure … Je suis si seule, si malheureuse, si meurtrière … J’entends des bébés pleurés de l’autre coté du couloir… Je ne peux plus m’arrêter : je pleure, je pleure, je pleure … La sage femme passe régulièrement dans la chambre… Lors d’un de ses passages, elle me donne la carte pour consulter une psy … Ça se voit tant que ça que je vais mal alors ?…

Les heures passent, la sage femme ne veut pas me laisser rentrer car je perds peu de sang … J’ai qu’une hâte : rentrer à la maison, retrouvée “ la vie “ en retrouvant mes enfants, retrouvé ma famille pour qui on a fait ce choix si difficile … 18h : On me laisse enfin sortir, les yeux tous rouges, les paupières toutes gonflées, je suis épuisée …

Le lendemain, nouvelle épreuve ou j’aurais pu m’effondrer si les enfants n’avaient pas été avec moi lorsque j’ai compris que tout était fini, mon embryon est parti…

La vie reprend presque son cours …

Mais je reste très triste, je culpabilise, je déprime, j’y pense chaque jour, ça va mal avec mon homme qui ne me comprend pas … C’est un lourd secret à porter

Quelques semaines plus tard, le gynéco confirme que tout s’est bien déroulé. Il clôture notre entretien par un  » ça y est c’est terminé !  » Les larmes me sont montées, je l’ai détesté de me dire ça … Pour lui, oui c’était terminé ; pour moi, pas du tout : il me fallait apprendre à vivre avec ça sur la conscience

Retour à la vie

Arrive le rendez vous avec la psy de la maternité . Elle m’écoute, je m’écroule une nouvelle fois en racontant mon histoire, le pourquoi de notre choix, pourquoi j’en veux à mon homme de pas avoir compris mon mal être, pourquoi j’en ai pas parlé à mes amies, je lui parle de cette douleur, de cette culpabilité qui me ronge, de ce bébé que je n’aurai jamais…

Je parle à une inconnue, je n’ai pas peur de pleurer devant elle, je n’ai pas peur d’être jugée, je peux tout lui dire … Je vide mon sac, j’en ai gros sur le cœur

Elle m’explique que je dois faire le deuil, que je suis encore dans la colère, que ça passera avec le temps mais qu’il faut être patience. Elle me fait comprendre que je ne peux pas en vouloir à mon homme : il n’a pas porté d’enfants, il ne peut pas comprendre ce que j’ai vécu … .

Elle me confirme d’après mon histoire que j’ai fait « le bon choix pour ma famille » : voila ce dont j’avais besoin d’entendre, ce qui m’a fait avancé, ce qui m’a aidée à ne plus culpabiliser… Je le savais, j’ai fait ce choix et traverser cette épreuve pour ma famille mais j’avais besoin de l’entendre d’une voix claire et rassurante. Je n’ai plus de doute j’ai pris la bonne décision …

Le temps passe, mon deuil est fait, mais je n’oublie pas,
je pense malgres tout souvent à ce bébé,
les larmes me viennent dès qu’on parle IVG …

Ne pas juger une femme qui sublit un IVG : vous ne savez pas comment elle le vit !

On oublie jamais rien
On vit avec

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2 réflexions sur “IVG, ça n’arrive pas qu’aux autres

  1. Mes larmes coulent à te lire. C’est un témoignage poignant que tu nous livre et qui a dû être très dur à écrire. Bravo à toi pour cet exercice. Je n’ai jamais jugé les femmes qui ont recours à l’IVG, comme tu le dis, « on ne sait pas » et je pense qu’il vaut mieux mettre au monde un bébé « choisit » que « subit » car il faut aussi voir l’avenir de cet enfant. S’il n’a pas vraiment été attendu dans la joie et le bonheur, ça se ressentira par la suite. Vous avez fait ce choix pour permettre à vos 2 enfants d’avoir la vie dont vous rêviez pour eux. La vie est déjà difficile comme ça, le quotidien nous bouffe parfois, c’est pas toujours simple de gérer financièrement donc OUI ça se comprend.

    Bonne continuation, je viendrais te lire régulierement.

    Amicalement

    Marilyne

    Aimé par 1 personne

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